Lettre ouverte aux PLR tournés vers l'avenir

Vous avez raison, amis PLR : l’économie vaut la peine d’être défendue, les entreprises sont une des formes les plus évoluées de la coopération entre les individus et la liberté reste le meilleur moyen de développer le génie collectif. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour réagir comme on le faisait au XXème siècle.

À Genève, le combat fait rage autour de quelques pistes cyclables temporaires à l’essai. Architecture des fronts : d’un côté une nomenklatura un peu perdue par les résultats désastreux des élections municipales, de l’autre : personne, ou presque. Qu’est-ce à dire ? Que la tradition de débat a disparu au PLR ? Il s’en faut, et de beaucoup.

Reprenons le fil des événements. Il y a à peine trois semaines, le gouvernement cantonal doit préparer la gestion de sortie de la crise de la pandémie du coronavirus. Le constat est clair : avec la crainte de la contagion, les transports publics sont déserts. Les Genevois ne veulent plus prendre le bus. Que va-t-il se passer lorsque le confinement sera fini ? Des milliers de personnes vont devoir reprendre le chemin de leurs entreprises. Pour tous ceux qui empruntaient les TPG, ce sera le dilemme : prendre le bus au risque d’être contaminé ou choisir un autre moyen de transport ? Les prévisions montrent que 60% d’entre eux choisiront un autre moyen. La voiture ? C’est l’alternative la plus évidente. Mais si cela se vérifie, alors la voirie de Genève ne suffira pas à absorber le surplus de trafic. C’est le chaos qui guette nos rues. L’inventaire des autres possibilités est vite fait : la marche à pied ou le vélo.

Amener les gens à marcher n’exige aucun effort : les infrastructures sont là. Pour le vélo, il en va tout autrement. Dans les sondages, les citoyens mentionnent surtout que c’est la peur de rouler à vélo dans la circulation qui les retient. La conclusion est vite trouvée : en améliorant le réseau des pistes cyclables, on invitera plus de gens à enfourcher une bicyclette plutôt que d’investir leur voiture.

Une fois le chemin trouvé, que faire ? Attendre qu’une telle perspective aboutisse à Genève signifie laisser passer des mois, voire des années. L’outil législatif est là : faire des pistes cyclables à l’essai pendant deux mois pour tenter d’améliorer la situation. Et là le gouvernement agit en entrepreneur : cela vaut la peine d’essayer, de prendre un risque pour trouver, peut-être une partie de solution.

Serge Dal Busco l’a fait et pour l’instant, il semble que les parcours en voiture à Genève ont retrouvé leurs niveaux d’avant le confinement. Alors, où est le problème ?

Le plus grand parti à Genève est le PLR. Archi-dominateur dans les communes, il vient de subir un grave revers électoral aux dernières municipales. Les caciques du parti doivent expliquer cette Bérézina et ils n’aiment pas ça. Le contre feu est tout trouvé avec la circulation en Ville : rappelons aux Genevois qu’ils détestent perdre du temps dans les bouchons, que l’économie pâtit des congestions de trafic et le tour est joué : nos militants auront un nouvel os à ronger, un os qu’ils connaissent bien et qui les détournera du problème de fond. Oui, mais.

Mais il se trouve que le PLR, ces derniers mois, a considérablement changé. Prenant acte du souhait de ses militants de se tourner vers plus d’écologie dans une bonne économie, le parti a clarifié sa sensibilité environnementale dans ses discours comme dans ses positions. Sauf à Genève.

A Genève, on pense encore que d’inciter à une mobilité douce ou collective, c’est trahir un électorat attaché à sa bagnole comme à l’ultime signe de sa liberté de décider. C’est regrettable, car l’électorat libéral-radical a changé avec son époque. Il lit les journaux, constate la réalité du changement climatique et est tout prêt à ajouter sa pierre à l’édifice de la guérison de la planète. À pied, en vélo ou en bus. Et même ceux qui veulent continuer à utiliser leur voiture acceptent que cela prenne un peu plus de temps pour un confort bien meilleur. D’ailleurs, il n’est pas sûr qu’ils aient tort.

Une ville dans laquelle les citoyens se déplacent surtout en bus, à pied ou en vélo est une ville décongestionnée où le trafic est fluide. Ceux qui ont besoin de leur voiture pour se déplacer (les professionnels, les livreurs, les urgences, les pompiers et les médecins, par exemple) ont à leur disposition davantage de surface de voirie. Les notables individualistes aussi. C’est vers cet avenir-là qu’il faut tendre.

Il faut aussi aller vers un avenir où le souci de la planète n’appartienne pas exclusivement à un quarteron de rêveurs prônant une douche par semaine pour changer le monde. Les décisions qui comptent vraiment se prennent le plus souvent dans des assemblées où les entrepreneurs et les notables ne sont pas absents.

C’est pourquoi le PLR aurait tout intérêt à se préoccuper à nouveau de l’avenir.

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